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Troubles digestifs pendant l’effort : comprendre les causes et savoir comment les prévenir

Publié le 5 novembre 2026 13 min
Homme faisant du trail sur un sentier de montagne avec une belle vue sur un lac, se tenant le ventre, image utilisée pour illustrer l’article de blog de 1Defy Nutrition Sportive Made In Bourgogne sur les troubles digestifs pendant l’effort

Nausées, crampes abdominales, ballonnements, reflux ou diarrhées : les troubles digestifs peuvent survenir pendant une séance de course à pied, un trail, une sortie à vélo ou un triathlon. Ils peuvent compromettre le confort du sportif, limiter ses apports énergétiques et l’obliger à ralentir, voire à abandonner une compétition.

Ces symptômes sont particulièrement fréquents dans les sports d’endurance. On estime que 30 à 50 % des sportifs d’endurance peuvent souffrir d’un ou plusieurs symptômes gastro-intestinaux liés à l’effort. [1, 3] Ils ne s’expliquent cependant pas par une seule cause : ils résultent de l’interaction entre les adaptations physiologiques de l’organisme à l’effort, les contraintes mécaniques de l’activité et les facteurs nutritionnels. Leur apparition dépend aussi de la durée et de l’intensité de l’exercice, des conditions environnementales et de la sensibilité individuelle.

Comprendre ces mécanismes permet de mettre en place une stratégie de prévention adaptée, sans supprimer inutilement des aliments ni multiplier les compléments alimentaires. L’objectif est de maintenir des apports énergétiques et hydriques appropriés tout en améliorant la tolérance digestive.

Troubles digestifs pendant l’effort : de quoi parle-t-on ?

Les symptômes gastro-intestinaux associés à l’exercice peuvent être classés selon leur localisation au sein du tractus gastro-intestinal. [2,3, 4]

Les symptômes du tractus gastro-intestinal supérieur comprennent principalement les nausées, les vomissements, les reflux gastro-œsophagiens, les éructations (rot) et la sensation de plénitude gastrique (sensation d’estomac plein).

Les symptômes du tractus gastro-intestinal inférieur comprennent notamment les crampes abdominales, les douleurs intestinales, les ballonnements, les flatulences, les envies urgentes de déféquer et les diarrhées.

Pourquoi les troubles digestifs peuvent-ils limiter la performance ?

Les conséquences sont à la fois immédiates et nutritionnelles. Les nausées peuvent empêcher le sportif de s’alimenter, tandis que les douleurs abdominales ou les diarrhées peuvent imposer des arrêts répétés. Les apports en glucides et en liquides initialement prévus deviennent alors difficiles à maintenir.

Sur une épreuve longue, cette situation peut compromettre la disponibilité énergétique et l’hydratation. Elle peut également créer un cercle défavorable : le sportif réduit ses apports à cause des symptômes, puis peine à couvrir ses besoins pendant la suite de l’effort.

La prévention des troubles digestifs ne consiste donc pas uniquement à améliorer le confort. Elle vise également à rendre la stratégie nutritionnelle compatible avec les exigences de l’épreuve.

Quelles sont les causes des troubles digestifs pendant l’effort ?

Les troubles gastro-intestinaux liés à l’exercice sont multifactoriels. Trois catégories de facteurs sont généralement distinguées : les causes physiologiques, mécaniques et nutritionnelles. Elles peuvent se combiner et se renforcer mutuellement. [2, 3, 4]


Les causes physiologiques : les adaptations de l’organisme à l’effort

  • L’hypoperfusion splanchnique : pendant l’effort, l’organisme redistribue une partie du débit sanguin vers les muscles actifs et, en cas de chaleur, vers la peau. L’irrigation des organes digestifs diminue alors : c’est l’hypoperfusion splanchnique. Lorsqu’elle est importante ou prolongée, notamment en cas d’effort intense ou de déshydratation, elle peut réduire l’apport d’oxygène aux tissus intestinaux et perturber leur fonctionnement.
  • Les modifications de la motilité digestive : l’exercice peut modifier les contractions du tube digestif et la vidange gastrique, c’est-à-dire le passage du contenu de l’estomac vers l’intestin grêle. Selon l’intensité de l’effort et les apports ingérés, ces modifications peuvent contribuer aux nausées, aux reflux, à la sensation de lourdeur ou aux changements du transit. Elles varient toutefois selon les individus et les conditions de pratique.
  • Les perturbations de l’absorption et de la perméabilité intestinale : un effort intense ou prolongé, notamment lorsqu’il s’accompagne d’une hypoperfusion importante, peut perturber le fonctionnement des cellules intestinales et augmenter la perméabilité de la barrière intestinale. Par ailleurs, lorsque certains glucides sont mal absorbés, ils peuvent retenir de l’eau dans l’intestin et être fermentés par le microbiote, favorisant les ballonnements et les diarrhées.

Les causes mécaniques : les contraintes propres à la discipline

Les mouvements, les impacts répétés et certaines postures peuvent contribuer aux symptômes gastro-intestinaux. Leur importance varie selon la discipline, la durée et l’intensité de l’exercice.

En course à pied, les impacts répétés peuvent favoriser l’inconfort abdominal et les envies urgentes d’aller à la selle. À vélo, les impacts sont généralement moins importants, mais la flexion prolongée du tronc et la position aérodynamique peuvent accentuer les reflux ou l’inconfort chez certains sportifs.

Ces contraintes mécaniques se combinent aux facteurs physiologiques et nutritionnels. Un produit bien toléré à vélo peut ainsi l’être moins en course à pied.


Les causes nutritionnelles : des apports inadaptés aux besoins ou à la tolérance

La quantité ingérée, la composition des aliments, le moment des prises et la concentration des produits consommés peuvent influencer la tolérance digestive. Plusieurs situations sont à distinguer :

  • Un repas trop copieux ou trop proche du départ : l’estomac encore très rempli peut favoriser la lourdeur, les nausées et les reflux. Les repas riches en lipides ralentissent généralement la vidange gastrique, tandis qu’une quantité importante de fibres peut augmenter l’inconfort chez les personnes sensibles.
  • Des apports en glucides trop importants ou mal tolérés : lorsque les quantités ingérées dépassent les capacités d’absorption et de tolérance du sportif, des symptômes peuvent apparaître. Une absorption incomplète de certains glucides peut notamment contribuer aux ballonnements et aux diarrhées.
  • Des aliments riches en FODMAP : ces glucides fermentescibles peuvent attirer de l’eau dans l’intestin et être fermentés par le microbiote. Chez les personnes sensibles, ils peuvent favoriser les gaz, les ballonnements, les douleurs abdominales ou les diarrhées.
  • La caféine, les polyols et certains produits énergétiques : la caféine peut stimuler l’activité intestinale ou provoquer un inconfort chez certains sportifs. Les polyols, comme le sorbitol et le maltitol, peuvent également entraîner des symptômes lorsqu’ils sont consommés en quantité importante. La tolérance dépend de la dose, de la formulation et de la sensibilité individuelle.
  • La prise de certains médicaments : les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), comme l’ibuprofène, peuvent augmenter le risque d’atteinte gastro-intestinale, notamment pendant les efforts prolongés. Leur utilisation avant ou pendant une épreuve d’endurance mérite une vigilance particulière et ne doit pas être banalisée.

Les facteurs individuels

Il est tout de même important de prendre en compte les facteurs individuels. En effet, le stress et l’anxiété d’avant-course peuvent aussi jouer un rôle, du fait des liens étroits entre le cerveau et l’intestin. Certaines études suggèrent enfin que les femmes rapportent plus souvent ces symptômes que les hommes. [2, 3]

Comment prévenir les troubles digestifs pendant l’effort ?

Adapter la nutrition pendant l’effort

Les apports nutritionnels doivent être adaptés à la durée et à l’intensité de l’exercice, ainsi qu’à la tolérance individuelle. Les quantités de glucides, leur forme et leur concentration dans les boissons, les produits énergétiques ou autres produits, peuvent influencer la tolérance digestive.

Pour des apports élevés (au-delà d’environ 60 g de glucides par heure), associer plusieurs types de glucides, comme le glucose (ou la maltodextrine) et le fructose, permet de mobiliser différents transporteurs intestinaux. Ce mélange améliore l’absorption et la tolérance digestive. [2, 4] Ces apports élevés doivent toutefois être introduits progressivement à l’entraînement : passer brutalement à de grandes quantités, même bien formulées, augmente le risque de symptômes.

Il est donc important de choisir des produits adaptés à ses besoins et de répartir les apports pendant l’effort, plutôt que de consommer de grandes quantités en une seule prise. Les repas précédant l’exercice doivent également laisser suffisamment de temps à la digestion, en particulier avant les efforts intenses.

Pour aller plus loin, découvrez nos articles dédiés à la nutrition pendant un trail.


Maintenir une hydratation adéquate

Il est important de commencer l’effort dans un état d’hydratation adéquat, en buvant régulièrement en amont, sans chercher à compenser juste avant le départ. Pendant l’exercice, les apports doivent être adaptés à la durée, à l’intensité, aux conditions climatiques et aux pertes sudorales individuelles.

Une déshydratation importante peut accentuer les contraintes physiologiques de l’effort. À l’inverse, boire trop ou trop rapidement peut distendre l’estomac, favoriser l’inconfort digestif et provoquer une hyponatrémie. L’objectif est donc de couvrir ses besoins sans excès, en tenant compte de sa tolérance et des conditions de pratique.


Entraîner son système digestif (gut training)

Le système digestif peut s’adapter progressivement aux apports en glucides pendant l’exercice. Le gut training consiste à entraîner cette tolérance en consommant régulièrement, lors des entrainements, les boissons et produits nutritionnels prévus pour la compétition.

Les quantités et la fréquence des prises peuvent être augmentées progressivement en fonction de la tolérance. Il est également utile de tester différents produits et stratégies dans des conditions proches de celles de l’épreuve, puis de noter les apports et les éventuels symptômes afin d’identifier ce qui fonctionne le mieux. Cette démarche permet de limiter les découvertes de dernière minute le jour de la compétition.


S’acclimater à la chaleur et gérer la température corporelle

La chaleur augmente la contrainte physiologique de l’effort et peut contribuer à l’apparition de symptômes gastro-intestinaux. Une acclimatation progressive, grâce à des expositions répétées à la chaleur, aide l’organisme à mieux réguler sa température et à mieux tolérer l’exercice dans ces conditions. Son effet direct sur les symptômes digestifs reste toutefois moins bien établi.

Des stratégies de refroidissement peuvent également être utiles : refroidissement interne par des boissons fraîches, et refroidissement externe à l’aide de serviettes froides pr exemple. Elles peuvent contribuer à limiter la contrainte thermique, même si leur efficacité spécifique contre les troubles digestifs n’est pas clairement démontrée.

Adapter son allure à la chaleur et/ou à la fraicheur et éviter une intensité excessive dans des conditions difficiles permettent également de limiter la contrainte globale de l’effort.


Explorer des pistes nutritionnelles spécifiques

Certaines approches alimentaires sont étudiées pour leur capacité à limiter les troubles digestifs pendant l’effort. Leur intérêt dépend toutefois des symptômes et des caractéristiques individuelles, et leur efficacité n’est pas systématiquement démontrée.

  • L’alimentation pauvre en FODMAP : les FODMAP sont des glucides fermentescibles présents notamment dans certains fruits (pommes, poires), légumes (oignons, ail), légumineuses et produits laitiers. Chez les personnes sensibles, ils peuvent favoriser les ballonnements, les douleurs abdominales et les troubles du transit. Une réduction temporaire et individualisée peut aider certains sportifs, mais elle doit être encadrée par un professionnel afin d’éviter des restrictions inutiles et de préserver l’équilibre alimentaire.
  • Le régime sans gluten : certains sportifs rapportent une amélioration de leur confort digestif après avoir supprimé le gluten, mais les données scientifiques ne démontrent pas de bénéfice systématique chez les personnes sans maladie cœliaque. Le régime sans gluten est indispensable en cas de maladie cœliaque, mais il n’est pas recommandé systématiquement pour prévenir les troubles digestifs liés à l’effort. En cas de suspicion de maladie cœliaque, il faut consulter un médecin avant toute éviction, qui pourrait fausser les examens diagnostiques.
  • Le régime cétogène : très pauvre en glucides et riche en lipides, il modifie les sources d’énergie utilisées par l’organisme et peut augmenter l’oxydation des lipides après une période d’adaptation. Il est parfois suggéré qu’une consommation réduite de glucides pendant l’effort pourrait limiter certains troubles digestifs liés à leur ingestion. Toutefois, cette hypothèse reste à confirmer, car les études portant directement sur les symptômes digestifs sont limitées. De plus, une alimentation riche en lipides peut elle-même être mal tolérée, et induire des effets néfastes dans certaines situations.

Précaution importante : aucun de ces régimes ne constitue une solution universelle pour prévenir les troubles digestifs. Avant d’exclure des aliments ou de modifier fortement son alimentation, il est préférable de consulter un professionnel de santé ou un diététicien-nutritionniste spécialisé en sport, afin d’évaluer les bénéfices potentiels et les risques selon sa situation.

Toutefois, certaines précautions nutritionnelles sont à prendre avant un effort d’endurance. Pour en savoir plus, consultez notre article consacré à la nutrition avant un trail.

Que faire lorsque les troubles digestifs apparaissent pendant l’effort ?

La conduite à tenir dépend de la nature, de l’intensité et de l’évolution des symptômes. Le but n’est pas de poursuivre à tout prix, mais de limiter l’aggravation et d’identifier les situations qui nécessitent une prise en charge médicale.

En cas de sensation d’estomac plein ou de nausées légères, réduire temporairement l’intensité et éviter les prises volumineuses peut améliorer le confort. Les boissons peuvent être prises par petites quantités selon la tolérance, sans forcer l’ingestion. Si les symptômes semblent liés à une prise importante de glucides, il peut être nécessaire d’ajuster temporairement les apports.

En cas de ballonnements ou de douleurs abdominales, il est utile de considérer les prises récentes, l’allure, la chaleur et les conditions d’hydratation. Une diarrhée ou des vomissements répétés peuvent provoquer des pertes hydriques importantes : ils ne doivent pas être banalisés ni compensés par l’ingestion rapide de grandes quantités de liquide.

Une douleur abdominale intense, persistante ou inhabituelle, la présence de sang dans les selles, des vomissements répétés ou un malaise imposent l’arrêt de l’effort et une évaluation médicale rapide. Une confusion, une perte de connaissance ou une altération importante de l’état général nécessitent une prise en charge urgente.

Lorsque les symptômes se répètent malgré des ajustements raisonnables, il est pertinent de consulter un médecin. Des troubles digestifs récurrents peuvent être associés à une pathologie digestive, à une intolérance alimentaire ou à un autre problème médical. Ils ne doivent pas être systématiquement attribués à l’exercice ou traités uniquement par des modifications alimentaires.

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Sources

[1] Brouns, F., & Beckers, E. (1993). Is the Gut an Athletic Organ ? Sports Medicine, 15(4), 242-257.
https://doi.org/10.2165/00007256-199315040-00003

[2] Costa RJS, Gaskell SK, Henningsen K, et al. (2025). Sports Dietitians Australia and Ultra Sports Science Foundation Joint Position Statement: A Practitioner Guide to the Prevention and Management of Exercise-Associated Gastrointestinal Perturbations and Symptoms. Sports Medicine, 55, 1097–1134.
https://doi.org/10.1007/s40279-025-02186-6

[3] de Oliveira EP, Burini RC, Jeukendrup A. (2014). Gastrointestinal Complaints During Exercise: Prevalence, Etiology, and Nutritional Recommendations. Sports Medicine, 44 (Suppl. 1), S79–S85.
https://doi.org/10.1007/s40279-014-0153-2

[4] Mlinaric J, Mohorko N. (2025). Nutritional strategies for minimizing gastrointestinal symptoms during endurance exercise: systematic review of the literature. Journal of the International Society of Sports Nutrition, 22(1), 2529910.
https://doi.org/10.1080/15502783.2025.2529910